Coffee and dates

Pour beaucoup, Oman est une destination obscure, peu savent situer le pays sur une carte. Pourtant le sultanat regorge de richesses, tant pour ses paysages, sa culture ou encore ses habitants, réservés, mais extrêmement généreux.

Jour de fête

Une jeune omanaise s’est décoré les mains au henné à l’occasion d’un mariage. Matthias Abhervé

« Où allez-vous ? » lance Fatiha en nous voyant passer devant la palmeraie où elle s’est installée avec sa famille pour pique niquer. Il est 10 heures du matin, le soleil cogne fort, et nous ne savons pas vraiment où nous allons… Nous avons garé la voiture ici un peu par hasard. Ce petit endroit rocailleux et vert qui surplombe le Wadi ruisselant, adossé à un petit village délabré nous semblait un bon point de départ pour une promenade. Mais le chemin ne va pas plus loin, nous dit Fatiha. « D’où venez-vous ? Vous êtes en vacances ? Venez prendre le café avec nous ! ». Après un faux instant d’hésitation (nous n’attendions que ça !), nous la suivons sous les palmiers où une grande natte a été dépliée. Deux femmes et un vieil homme sont en train d’empiler des brochettes dans un grand récipient. Une odeur de méchoui nous chatouille délicieusement les narines…c’est la chèvre qui est en train de griller sur les braises juste à côté, nous explique le mari de Fatiha. Nos estomacs gargouillent de gourmandise.

Wadi Shab

La végétation se reflète dans les eaux du wadi. Matthias Abhervé

L’hospitalité Omanaise

A peine sommes nous assis au milieu des sœurs, des maris, des enfants et des grands-parents que une, puis deux, puis trois boites débordant de pâtisseries appétissantes s’offrent à nous. Brioche fourrée au fromage frais, gâteau de semoule au miel, chips de pomme de terre sucrée, gâteau à la noix de coco. Ce sont les mains magiciennes de Mariam, la grand-mère, qui ont confectionné tout ça, disent fièrement les quatre sœurs. Nos minuscules tasses sont remplies de café omanais. Un café léger, parfumé à la cardamone et à l’eau de rose, qui se boit généralement par séries d’au moins trois tasses si vous voulez faire honneur au breuvage, et donc, à votre hôte. Il accompagne si bien les pâtisseries de Mariam qu’on en redemande, de toute façon.

Nous pourrions rester ici toute la journée. Fatiha enseigne l’anglais et grâce à elle nous pouvons communiquer avec le reste de sa famille. Ils nous racontent comment le cyclone Gonu a dévasté la région en 2007, ce qui explique l’état de délabrement du village voisin. Des eaux torrentielles ont inondé le wadi en contrebas, et ont tout emporté sur leur passage. Ces wadis sont des vallées escarpées qui façonnent le paysage omanais, et qui deviennent très dangereux en cas de fortes pluies. La plupart du temps ils sont à sec, mais certains sont de vrais coins de paradis au milieu du désert avec leurs piscines d’eau douce translucide, cascades et végétation luxuriante. C’est d’ailleurs dans l’un d’entre eux, le Wadi Shab, à quelques kilomètres de là, que nous irons marcher le matin suivant.

La plage de Sur

La plage de Sur. Matthias Abhervé

Sur les pas de Lawrence d’Arabie

Qalhat, Sur, Ras al Hadd, Ras al Jinz, Al Ashkharah… après avoir parcouru quelques centaines des 1700 kilomètres de la côte omanaise, nous nous dirigeons vers le Wahiba Sands, une mer de sable de 10,000 km2 au centre du pays. Même si nous prenons goût au camping sauvage, pour passer une nuit dans le désert nous avons préféré nous adresser à une agence spécialisée, Monde Authentique, pour organiser cette partie du voyage. Nous passerons donc la nuit dans un camp du désert, le fils d’une famille de bédouins vient nous chercher en 4×4 pour nous emmener au cœur des dunes. Après un arrêt pour nourrir les dromadaires et leurs petits, nous passons aux choses sérieuses, le 4×4 sort des sentiers battus pour monter et descendre à toute vitesse des dunes gigantesques, une manière originale de découvrir ce lieu magique… et les sensations fortes sont garanties ! Puis nous bravons la petite tempête de sable, le visage enroulé dans nos keffiehs à la mode bédouine, pour voir le coucher du soleil. Courir dans le sable fin à perte vue, croiser des dromadaires au détour des dunes, observer le mouvement perpétuel du désert, on se laisserait volontiers aller dans ce lieu si nous n’avions pas réellement peur de nous y perdre, car nos traces de pas ne nous subsistent pas plus que quelques dizaines secondes.

Prendre de la hauteur

OMAN_2013-5

La récolte de roses dans le village d’Al Aqur. Matthias Abhervé

Jebel Akhdar

Al Aqur, Al Ayn et Ash Shirayjah perchés à flanc de montagne. Matthias Abhervé

Notre parcours se poursuit tout naturellement vers les hauteurs d’Oman, dans la région de  Nizwa. En ce début du mois d’avril, les champs de roses viennent d’éclore, et leur parfum embaume la montagne du Jebel Akhdar, où trois petits villages sont perchés en haut de cultures en terrasse verdoyantes, le long d’un fallaj.  Ce système d’irrigation ancestral a été extrêmement bien conservé à Oman. Pour observer l’activité du village nous installons notre tente sur une terrasse, juste au bord du fallaj. En fin d’après midi quand vient l’heure d’aller récolter les roses, beaucoup de femmes passent devant notre campement, habillées de tissus très colorés. Ici personne ne parle anglais et tout naturellement, les villageois sont assez réservés. A l’exception d’une de ces femmes qui, en rentrant de sa cueillette, nous donne deux grosses poignées de roses. Une manière de dire bienvenue, dans un langage universel.

Dans le port de Muttrah

Difficile de quitter la fraîcheur de la montagne pour retrouver la chaleur et l’humidité de Muttrah, le port historique de la capitale Mascate. Mais c’est l’occasion de visiter le très authentique marché aux poissons. Seuls quelques ventilateurs apportent une petite brise sur les étals de la halle tapissée de carrelage blanc. La marchandise arrive directement de la jetée sur des brouettes, à quelques dizaines de mètres de là. Ce sont des petits bateaux individuels qui déchargent. L’un des pêcheurs essaye même de nous vendre un barracuda pour à peine 8 euros. Une affaire ! Mais ce poisson fait presque un mètre de long, et nous partons le lendemain. Pour nous consoler, nous nous arrêtons dans un boui-boui appétissant, bien que maladroitement nommé « grilled fishers ». Le jeune cuisinier enthousiaste et charmeur nous a préparé à merveille un poisson grillé avec une marinade épicée, des oignons rouges et des tomates, servi avec le traditionnel houmous à la mode omanaise, une salade verte et un riz biryani. Bilan : frais et savoureux, le secret le mieux gardé du sultanat !

L'arrivée des pêcheurs

L’arrivée des pêcheurs dans le port de Muttrah. Matthias Abhervé

Toque et pompon

Dans moins de 10 heures, nous serons en France, notre vol Oman Air part en début d’après midi. En attendant à l’aéroport, nous observons une dernière fois les mystérieux omanais. Aux guichets ou dans les files d’attentes, tous les hommes portent cette grande tunique ornée d’un pompon au col, et sont coiffés d’un foulard fleuri noué autour de la tête ou d’une toque brodée. L’habit traditionnel omanais n’a pas souffert du bond dans la modernité qu’a connu le pays ces dernières décennies, tout comme de nombreuses traditions encore bien présentes ici. Heureusement, nous ne pouvons pas dire la même chose des infrastructures du pays qui sont en plein développement et permettent aujourd’hui de circuler plus rapidement sur presque tout le territoire. À Oman la cohabitation entre tradition et modernité est devenue une spécialité locale, beaucoup plus que chez ses voisins de la péninsule Arabique qui ont trop souvent sacrifié leur héritage historique au profit de gratte-ciels sans âme.

Bivouac sur des sites d'exception. Matthias Abhervé

Bivouac sur des sites d’exception. Matthias Abhervé

Photos: Matthias Abhervé
Textes: Anna Moreau

Advertisements

About Anna Moreau

Istanboul, Lille, Téhéran ou Pantin...chaque destination peut devenir un voyage, cela dépend juste de notre regard. Bon voyage sur Baladam!
This entry was posted in Pars ailleurs.... Bookmark the permalink.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s