Du plaisir de se retrouver autour … d’une soupe

Soupe.

Sérigraphie réalisé par les organisateurs berlinois de Suppe und Mucke.

Il y a des mots comme ça, qui, au premier abord, ne donnent pas envie, manquent de glamour quoi. D’ailleurs, ceux qui n’ont jamais fait la Fête de la Soupe font une drôle de grimace quand on leur mentionne l’évènement incontournable du 1er mai à Lille. Mais dans le quartier populaire de Wazemmes, la soupe est réhabilité à sa juste place de plat international et de symbole de partage.
Une édition 2011, entre briques rouges et épluchures de légumes, sous un soleil de plomb.

Dimanche 1er mai, 14h, devant la Maison Folie Wazemmes, des dizaines de personnes font la queue. Tous ont au moins un récipient à la main, pot en verre, Tupperware, cocotte minute ou encore une bouteille en plastique. Chacun de ces réceptacles est rempli d’un liquide de couleur différente…on se croirait presque à la visite médicale. En réalité, tous attendent pour enregistrer leur échantillon de soupe amoureusement cuisiné. L’équipe du festival centralise pour que le jury puisse goûter dans des conditions d’anonymat les plus strictes et nommer les trois gagnants des louches de bronze, d’argent et d’or.

Il ne s’agit pas seulement de donner un petit échantillon au jury, le but de la fête c’est surtout d’amener sa soupière et de se créer un petit stand sur une des nombreuses tables mises à disposition, pour partager sa soupe avec les badauds. Il est conseillé de prévoir une grande soupière car ils sont nombreux, très nombreux à faire un détour à Wazemmes le 1er mai . L’association organisatrice de l’évènement, Attafaca, parle de 30 à 40,000 visiteurs chaque année pour 150 “soupiers”, ou, environ 1,000 litres de soupe.

À la fraise, au chocolat, carotte cacahuètes, Gaspachos en tout genre, à la tourangelle, à la brésilienne, à la betterave-eau-de-rose-gingembre, au concombre-granny-smith-coriandre, ou tout simplement à la tomate, aux poireaux, aux patates…elles se déclinent dans tous les styles avec plus ou moins de succès. Le public se promène une mini-louche en poterie accrochée autour du cou, et se délecte de soupière en soupière. Il fait près de 30 degrés ce 1er mai, heureusement, beaucoup de soupiers ont opté pour le gaspacho, servi froid…

Les fanfares circulent au milieu de la foule, on danse une louche à la main, on se tâche avec la soupe à la betterave, on sirote en écoutant le concert de la grande scène montée pour l’occasion, ou on se perd dans les rues alentours où d’autres surprises  attendent, funambules, yourte mongole ou encore artistes de rues. Quand on est soupier, l’expérience est jubilatoire. Les passants se donnent des conseils sur les soupes à goûter, devant certaines tables, il y a même la queue! Explications sur les ingrédients et ça papote fourneaux. Beaucoup d’enfants aussi, dont seule la tête dépasse de la table, ne rechignent pas à goûter ce qui se présente et y vont spontanément de leur commentaire.

Une fois les centaines de litres de soupe engloutis, le jury donne son verdict devant une foule hilare… qui n’a pas bu que de la soupe. Parmi les gagnants de cette année, une soupe à la carotte, aux cumin et aux dates judicieusement nommée “ACDC”. La prestigieuse louche d’or est allée à “un habitué du podium” selon l’équipe d’Attacafa, pour une crème de panais.

Cette fête est aussi l’occasion pour les non-lillois de découvrir le quartier de Wazemmes. Connu pour son grand marché de la Place de la Nouvelle Aventure le dimanche matin, ce coin du sud de la ville brasse un public très divers issus de l’immigration maghrébine et asiatique, d’étudiants, d’artistes et de bobos. Ancienne zone habitée par l’industrie de la filature et de la brasserie, les rues sont typiques des quartiers ouvriers du nord, fait de maisons basses en briques rouges, les courées ont elles, presque toutes disparu. La Maison Folie Wazemmes est un vestige du patrimoine ouvrier lillois, cette ancienne filature a été réhabilitée par l’architecte Lars Spuybroek à l’occasion de Lille 2004- Ville Européenne de la Culture. La structure fait maintenant partie d’un réseau de bars “branchés” et de salles de concerts dans le quartier qui est devenu l’un des plus vivant de la métropole. D’ailleurs la fête se poursuit dans la nuit avec concerts brésiliens et reggae.

La Fête de la Soupe ce n’est pas qu’à Wazemmes, ce qui est devenu une tradition dans la ville a donné naissance au réseau SOUPE : Symbole d’Ouverture et d’Union des Peuples Européens. La charte de ce réseau  a été signée à Berlin, Barcelone, Bologne, Cracovie et même au Nicaragua. Toutes ces villes se sont engagées, comme à Wazemmes, à assurer la « gratuité totale » du festival, à en garantir le « caractère spontané », à « préserver la simplicité de la convivialité ».

Les gagnants de l’édition lilloise sont d’ailleurs invités à défendre leur titre à Berlin le 20 août 2011 pour le Suppe und Mucke, qui existe depuis trois ans dans le quartier branché de Friedrichshain. Manger de la soupe un 20 août va prendre une toute autre saveur.

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About Anna Moreau

Istanboul, Lille, Téhéran ou Pantin...chaque destination peut devenir un voyage, cela dépend juste de notre regard. Bon voyage sur Baladam!
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One Response to Du plaisir de se retrouver autour … d’une soupe

  1. moles says:

    ca donne envie en tout cas ! vivement l’édition berlinoise…

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