Gaz de schiste: la mobilisation vue de Meaux

La journée de mobilisation contre le gaz de schiste était maintenue le 16 avril malgré les déclarations du Premier ministre sur l’annulation des permis d’exploration déjà accordés. Ne pas baisser la garde et continuer d’informer sur le sujet sont les mots d’ordre du collectif Stop Pétrole de schiste 77, qui a réunit près de 2,000 personnes pour marcher dans les rues de la ville. Mais qu’en disent les meldois, parmis les premiers concernés?

« Jean-François Copé dit non aux gaz de schiste ». Bienvenue à Meaux, où une bannière accrochée la veille sur la façade de l’Hôtel de ville donne le ton pour cette journée de mobilisation nationale. La Marne et le canal de l’Ourcq traversent cette ville pittoresque de 48,000 habitants, dominée par la tour carrée de la cathédrale gothique de Saint-Etienne. Meaux, c’est aussi le brie, un fromage à l’appellation contrôlée connu dans les quatre coins de la planète. Ce n’est pas la seule fierté culinaire la région, en regardant les étalages du marché couvert qui regorgent de produits locaux, on s’aperçoit que c’est la préservation du terroir dans son ensemble qui est chère aux habitants. L’industrie agricole de Seine-et-Marne a longtemps été la corne d’abondance de l’Île de France.

Le maire de Meaux affche son engagement...depuis 48 heures. Anna Moreau

Et pourtant, ce terroir pourrait bien être en danger si les projets d’exploitation des gaz de schistes dans la région aboutissent. Le processus de fracturation hydraulique qui permet d’extraire le gaz nécessite l’utilisation de millions de litres d’eau par exploitation et de plus de 500 produits chimiques extrêmement toxiques voués à finir dans les nappes phréatiques. Le documentaire de l’américain Josh Fox sur le sujet, Gasland, est sans appel, les conséquences qu’ont ces exploitations sur la santé, la sûreté civile et l’environnement sont catastrophiques. L’image de l’eau du robinet qui s’enflamme est devenue un symbole de la lutte contre ces exploitations.

Sous les arcades d’acier de style Eiffel du marché couvert de Meaux, de jolis ballotins de pointes d’asperges attirent l’œil, le panneau indique qu’ils sont de production locale. Mais la vendeuse et productrice sait-elle ce qui menace les nappes phréatiques où poussent ses asperges ? Non. Le producteur de champignons en face? Non plus. Au matin de la deuxième journée de rassemblement dans la région qui va se dérouler à Meaux, les commerçants et exploitants n’ont eu que des informations très limitées sur le sujet. Et ce, malgré l’engagement prononcé que leur Maire affiche sur des grandes bannières.

Le terroir de Seine et Marne est riche, et menacé. Anna Moreau

« Je n’en ai jamais entendu parler, » lance Delphine, productrice de fruits et légumes, « nous on est en agriculture raisonnée, et d’ailleurs on est beaucoup dans le coin, les produits chimiques on est contre et toucher aux nappes phréatiques il n’en est pas question. » Le sujet est moins étranger pour cette jeune crémière de Coulommiers, « On s’est renseigné un peu dessus, parce que on a vu des affiches à la Ferté-sous-Jouarre et à Doue.» Doue, une cinquantaine de kilomètres au Sud-Est de Meaux, c’est là où s’est tenue la première manifestation dans la région le 5 mars dernier, qui avait rassemblé entre 3,000 et 5,000 personnes. Là non plus, la mairie n’avait pas fait circuler d’information concernant les permis explique un producteur, « la mairie de Doue était pour, ils avaient affiché ça [ndlr. Les informations concernant les permis accordés] à l’intérieur sur un tableau, mais qui va dans la mairie pour lire ces informations ? Personne ne le fait ! […] Maintenant que tout le monde se révolte ils sont contre aussi mais c’est trop tard, les engins sont […] à la Ferté-Gaucher, ils sont dans le coin et ils attendent. »

Selon cet exploitant la société de forage et la commune auraient bien envoyé des dépliants informatifs expliquant l’innocuité des forages, mais rien sur la fracturation hydraulique.

Carte de Seine et Marne : en jaune , les recherches en cours, en rouge, en production. Anna Moreau

Représentée par un tissu bleu sur lequel de faux billets de banque sont cousus, de l’eau coule d’un robinet géant en papier mâché juste à côté du marché. Sur un panneau au sol on lit : «Je suis d’accord qu’on a besoin d’énergie, mais pas à n’importe quel prix ! L’eau imbuvable c’est trop cher. Gaston 72 ans.» Une dizaine d’autres panneaux sont accrochés ou sur le sol. Les badauds s’arrêtent, les lisent, repartent ou engagent la conversation. Stefania, du collectif IDF contre le gaz de schiste, est une des coordinatrices de l’opération de ‘porteurs de paroles’ : « Nous voulons connaître l’avis des gens qui sont directement concernés, nous faisons l’inverse de ce qui se fait d’habitude, on arrive et on écoute, on attend qu’on vienne nous poser la question. » De ces dialogues, sont extraites des citations, avec l’accord de leurs interlocuteurs et remplacent  les slogans classiques sur les panneaux. « Les mots des gens… ça parle aux gens,» ajoute Stefania.

Les personnes interpellées par les panneaux des porteurs de paroles n’étaient peut-être pas présentes places de l’Europe à 15 heures pour écouter les élus sur le sujet, mais dès 14h, mouvements politiques traditionnels ou formations de collectifs à l’échelle de petit patelins comme ceux de Jouarre et de Signy-Signets, ont rapidement rempli la place. Gill et une poignée de personnes on lancé le collectif de Signy-Signetsdepuis la prise de conscience suscitée par la mobilisation du 5 mars à Doue : «  On était un petit groupe à se mobiliser pour organiser une réunion d’information suivi d’une projection de Gasland. 200 habitants sur 600 sont venus,» pour elle, pas de doute, les déclarations de bonnes intentions de François Fillon ne règlent rien. « Il ne faut pas lâcher et il faut continuer à informer les gens, il y en a plein qui ne sont pas informés du tout et nous prennent pour des écologistes. »

L'eau qui s'enflamme est devenue un symbole de la lutte contre les gaz et huiles de Schiste. Anna Moreau

Ce mot qui sonne comme une insulte, révèle-t-il un décalage qui pourrait se réduire grâce à des causes communes comme la bataille contre le gaz de schiste? Sur la scène, les élus locaux comme les personnalité politique Eva Joly ou Corinne Lepage sont ovationnés par la foule, avant de partir en cortège au son d’une cornemuse.

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About Anna Moreau

Istanboul, Lille, Téhéran ou Pantin...chaque destination peut devenir un voyage, cela dépend juste de notre regard. Bon voyage sur Baladam!
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