Patrick de Saint Exupéry, artisan journaliste

A l’occasion de la sortie le 24 mars de la nouvelle création de l’équipe de la revue XXI, 6 Mois, portrait d’un des deux co-fondateurs, Patrick de Saint Exupéry. Ce dernier a pris un tournant à 180 degrés dans sa carrière pour créer le support manquant au paysage de l’édition et de la presse en France. Les ingrédients de la réussite de XXI ? L’envie, l’artisanat et surtout, pas de « concept ».

C’est aux enfants boxeurs de New York qu’il s’est frotté pour son premier reportage au début des années 80. Le Cambodge, l’Iran, l’Afghanistan et bien d’autres pays ont suivi. Son travail sur la guerre au Libéria lui vaut le prix Albert Londres en 1991 et ses écrits polémiques sur le rôle de l’armée française dans le génocide rwandais font de lui une référence sur le sujet. Nous pourrions énumérer tous les points du globe parcourus par Patrick de Saint Exupéry, ancien grand reporter, pour raconter ses trente ans de carrière. Nous pourrions aussi décrire son visage cerné et sombre, sa voix de fumeur et le rire qui résonne d’un journaliste qui a roulé sa bosse. Mais c’est surtout dans la philosophie qu’il adopte comme co-fondateur et rédacteur en chef de la revue XXI depuis trois ans, que s’expriment, non pas les frustrations mais plutôt les envies suscitées son expérience du grand reportage et de l’évolution de la presse.

 

Les changements survenus dans les grands quotidiens nationaux au cours des cinq à dix dernières années ont fait partie des éléments déclencheur de cette envie, pour Patrick de Saint Exupéry, alors correspondant du Figaro, de créer un support alternatif unique. « Il n’y a plus que des espaces très réduits dans les journaux aujourd’hui. Je ne dit pas qu’un long papier est forcément bon, mais certaines histoires ont besoin d’espace pour être bien racontées, » affirme-t-il. Envoyé à l’autre bout du monde comme correspondant, il ajoute avoir d ‘autant plus ressentit l’absurdité de ces restrictions éditoriales « Quand vous êtes envoyé spécial on vous envoie quelque part pour être dans une histoire, mais si on ne vous donne deux feuillets pour la raconter, vous devez sortir de l’histoire, résumer, synthétiser, alors que vous avez été envoyé pour être dedans. Cela me paraissait ridicule. »

 

À ce raz-le-bol s’ajoute aussi le désir de raconter les histoires autrement. Un désir partagé avec Laurent Beccaria, directeur de la maison d’édition les Arènes, avec qui il co-fonde XXI. Pur produit de ses géniteurs, la revue serait donc une publication à mi-chemin entre l’édition et le journalisme pour combler un espace vierge, à créer. « J’en parle comme un livre de journalisme, cela traduit exactement l’idée derrière sa naissance, » ajoute Patrick de Saint Exupéry. Les formes de récit utilisent différents genres comme la photo, la bande dessinée, l’illustration et le texte, une diversité qui fait de XXI un objet étonnant. Et pourtant, il est « surpris que ça surprenne un certain nombre de gens que l’on raconte des histoires avec la bande dessinée, pour [lui], ça découle d’une évidence ».

 

Malgré (ou grâce à) son statut d’OVNI, semestriel d’actualité qui se vend 15€ en librairie, XXI est un franc succès. En trois ans, aucune recapitalisation n’a été nécessaire, et ce, sans aucune publicité. On serait tentés de dire que c’est un concept qui marche bien, or, Patrick de Saint Exupéry désapprouve le langage « il y a des mots que l’on utilise jamais, on n’utilise jamais le mot ‘concept’, ni le mot marketing parce que ce n’est pas du tout dans la démarche de XXI. » Il précise qu’aucune étude ou sondage n’a été fait et que XXI est avant tout une affaire « d’envie et de curiosité, un pari que beaucoup de gens ont trouvé cinglé parce que ca ne correspondait à aucun critère, » et d’ajouter « Nous voulons parler à un lecteur, tout tient là».

 

Ainsi, le baroudeur aux pantalons multi-poches a atterrit dans un bureau en bois clair équipé d’un ordinateur blanc, un téléphone blanc et de grandes baies vitrées. Derrière ses papiers éparpillés et son cendrier, le rédacteur en chef ne nie pas que c’est bien la position debout qui est la plus intéressante pour un journaliste. XXI, c’est un autre type d’aventure dans laquelle, pourtant, son passé de grand reporter a toute sa place. « Ce métier est un boulot d’artisan, » insiste-t-il : « on apprend à regarder les choses et quand je parle aux auteurs que je sais de quoi je parle et ils le savent, c’est important, c’est quelque chose qui s’appelle la légitimité. »

 

Anna Moreau

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Istanboul, Lille, Téhéran ou Pantin...chaque destination peut devenir un voyage, cela dépend juste de notre regard. Bon voyage sur Baladam!
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